Ce déchirement intérieur de l’humiliation, des blessures affectives, les orages de dénégation de soi, l’humeur sombre qui vous ronge et vous tue à petit feu, le passé infernal qui vous poursuit et vous accuse, les regrets inextinguibles, l’amertume qui vous ronge, le malaise qui ne vous quitte pas, cette vallée de larme d’une existence malheureuse, c’est tout de même autre chose ! On peut tenter de noyer cela dans l’alcool, la drogue, l’orgie, on peut tenter de se dérider avec une forte dose de comique… Cela ne sert à rien, car la souffrance revient encore plus forte. Elle colle même tellement à l’ego qu’il finit par en faire son chapitre principal d’identité : se prendre pour une personne incurablement malheureuse est un scénario que l’ego affectionne et dans lequel il se complaît.Nous entretenons avec la souffrance un rapport complexe. Avons-nous seulement assez de cohérence, assez de suite dans les idées, pour faire en sorte que notre vie ne soit pas en permanence labourée par la souffrance ? Et si la souffrance était auto engendrée ? Et si nous nous faisions souffrir consciemment ou inconsciemment ?La sacralisation de la souffrance et son sens Que veut dire l’expression « sens de la souffrance » ? Que la souffrance ait un sens signifie qu’elle n’est pas absurde, ce qui est absurde étant dépourvu de sens. Cependant, le jour où nous en venons à comprendre que la Vie dans sa Plénitude est par essence création de Soi, qu’elle n’a pas besoin d’un « pourquoi » pour être justifiée, nous pouvons très bien admettre qu’en un sens la vie est absurde. Cela n’a rien de choquant, c’est au contraire puissamment libérateur, puisque le sens de la Vie est sa Manifestation elle-même. Ce qui fait problème, c’est l’absurdité de la souffrance. Nous ne pouvons pas souhaiter que des êtres souffrent, l’expansion du bonheur est le but de la création. Ajouter à la présence terrible de la souffrance dans notre monde, l’idée qu’elle n’a pas de sens ou qu'elle ne sert à rien, serait une déclaration d’un cynisme achevé. Une pensée diabolique. Vient alors l’idée de justifier la présence de la souffrance en ce monde en lui donnant un sens. Et c’est là que le tour de passe-passe risque d’être inquiétant, car donner un sens à la souffrance ne veut pas nécessairement découvrir son véritable sens.